22/03/08 -19.30
Parce qu’aujourd’hui je me suis rendu compte que je serai toujours seule dans tout ce que je fais, je me suis dit que je pourrais peut être ne plus consacrer ma vie qu’à l’écriture, à l’art, à la production, ou à la mort.
Je ne supporte plus de ne plus avoir l’envie de rendre les choses physiques, palpable, de les incarner et de les sortir hors de moi pour que chacun puisse les voir.
Je n’ai besoin du regard de personne, je n’ai besoin que de la face de mes oeuvres qui me regarde, sans cesse.
Mais parfois, quand la tête est lourde et l’esprit lent,
Quand les chaînes se serrent,
Quand les nuages pèsent,
Quand je ne suis plus qu’un grain sans poids, quand je pense et je tourne et retourne des images dans ma caboche, qu’elles se mêlent, tournent et retournent, font vibrer leurs couleurs et entremêlent leur sens,
Quand tout est pierre et n’est plus statue,
Quand mon existence prise au piège est une douce mort, une douceâtre impression de changement constant mais qui ne me mène nulle part,
Quand je regarde en face ce que je suis, quand je ne prends aucune précaution pour protéger ma continuation, quand je ne trouve plus la position de renaissance,
Quand le temps lui-même se referme, se retourne, se replie, fait fondre ses filaments, et disparaît sur lui-même,
Quand ma chair n’est plus sans rien, sans os, sans douceur, sans souffrance, quand je suis souple et dure sous le vent constant des lieux sur lesquels mes yeux se posent, quand je ne serai plus qu’une entité cristalisée, dure et douce sous la lumière bleue tournante, ou rouge sous la dague,
À ce moment là, je sais que mon art ne vaut rien, et que nulle transcendance n’émane de ces petits bouts de papier que je recouvre d’encre, de cette toile que je bats de mon pinceau, de cette suite de voyelles et de consonnes que je fait sortir de ma bouche, vibrer de toute leur force pour leur insuffler un sens qu’ils n’ont pas.
11.25
Peut être qu’il y a autre chose à faire de ma vie que de rester immobile à ne laisser que les choses passer et danser tout autour de moi sans tenter de les saisir, de les accrocher, de les devenir.
Aujourd’hui, j’ai ressenti très fortement l’impression d’être enfin arrivée à la maison, de marcher sur un territoire qui m’est plus cher que mon propre coeur.
