Je suis en train de boire un thé, assise sur le rebord intérieur de la fenêtre de ma nouvelle chambre chez Thomas.

Il y a une fenêtre normale, et un deuxième panneau qui pivote, sur lequel il m’a cloué un tissu noir en guise de rideau. Je ne vois que ce qui se passe deux étages plus bas, le panneau en face de moi, et le poster de Gaahl reflété dans la vitre.

De là où j’habite, on peut voir une usine, une portion de route, quelques tenements avec de grands immeubles dans le lointain et la station de train de Duke Street.

Tout est orange et gris à cette heure-ci et je vois passer des voitures, un autobus, un train de banlieue. J’aime le bruit étouffé des moteurs; j’aime les lumières de la nuit; les rares mouvements ne sont que mécaniques. Cela me rappelle les nuits à l’hôtel dans différentes villes, les premières nuits dans tous les endroits où j’ai vécu - les dernières nuits aussi, quand les murs sont blancs et les cartons pleins. Le grand vide avant le départ du lendemain matin.

C’est cette sensation qui m’a poussée à écrire ce soir; à m’asseoir sur le bord de la fenêtre, et à ressentir de nouveau cette sensation de mouvement permanent, si infime soit-il, ce transport qui ne s’arrête jamais.

Vincent est venu me rendre visite.

Nous avons exploré l’Ecosse, passé de longues heures dans le train, le ferry, l’autobus. Cela m’a rappelé qu’il faut cultiver les amitiés, aussi lointaines soit-elles, car je sais que je continuerai à avancer dans la vie. Un autre soir dans quelques années, je serai assise à la fenêtre d’une autre chambre à regarder une autre ville, et ce moment qui compose mon présent ne sera qu’un souvenir parmi tant d’autres, l’archétype qui me pousse à avancer, à répéter le meme cycle dans des endroits différents, et à courir (pendant combien de temps encore?) après l’harmonie (ou la sécurité, l’assurance).

Bientôt septembre, l’année recommence, et avec elle des projets à mettre en oeuvre, des peurs anciennes à surmonter, des buts à atteindre; jusqu’à l’été prochain, ou tout retombera de nouveau, se figera, ISA I.

Je vais écrire à Coralie.

Sébastien m’a bien écrit, hier, après trois ans…